Portrait : Tiphaine de Monfort (Demain : Nos libertés)

Avez-vous déjà exploré les dystopies de Demain : Nos libertés ?

Non ? Pas encore ?

Et si nos droits se voyaient brisés, écharpés par des interdits et des obligations impossibles ? C’est le principe de cette anthologie, toujours d’actualité.

Aurélie Genêt et Hugues Blot ont écrit à quatre mains « Coupée en deux », ou quand la Capitale néglige la Province. Aujourd’hui, Hugues nous présente Tiphaine de Monfort, le bras droit de la Présidente française de sa nouvelle ; un portrait original en forme de court récit.

 

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Nous retrouvons Tiphaine de Monfort, la conseillère et amie de l’ex-présidente Charline Médrac, quelques années après la fin du mandat qui avait coupé la France en deux. Deux journalistes font le portrait de cette figure de la VIIe République.

Tiphaine de Monfort nous reçoit dans son bureau sans fenêtre, aux murs tapissés de portraits retraçant ses rencontres marquantes avec les Grands de ce monde. Aucune photo personnelle, qui pourrait indiquer sa proximité avec l’ex-présidente. Nous lui en faisons la remarque en début d’entretien, madame de Monfort nous rétorque qu’elle ne voit pas l’intérêt d’étaler son amitié avec Charline Médrac, y compris dans sa permanence. Cette discrétion a toujours été assumée, ajoute-t-elle, mais cela ne l’empêche pas de répondre aux sollicitations des journalistes. « La preuve, vous êtes là », nous dit dans un sourire impersonnel celle qui semble avoir été ignorée par le temps qui passe. Même tailleur gris perle, même allure austère sans artifice. Le regard perçant tentant de masquer une certaine froideur, elle nous raconte son quotidien loin du pouvoir. Nous, journalistes, comprenons qu’elle reprend ses habitudes, et que le portrait chinois est à oublier. Tiphaine de Monfort mène les débats à sa guise, comme naguère.

L’ancienne conseillère, personne la plus puissante de la République sans avoir jamais exercé de mandat issu des urnes, justifie son départ quelques mois avant la fin du second sixtennat : « Je n’avais plus rien à apporter à Charline Médrac, la situation était verrouillée. J’ai préféré partir, en accord avec elle, pour faciliter la transition. Elle a tenu la France à bout de bras pendant douze ans », ajoute-t-elle en levant imperceptiblement la voix, dans une tentative de réécrire l’Histoire. Nous lui faisons remarquer que la présidente a terminé sa mandature dans une ambiance délétère. « Vous devriez dire plutôt que nos opposants ont été déloyaux et manipulateurs dès le début de sa réélection. Ils n’ont pas supporté d’avoir perdu de justesse. La défaite les a rendus hargneux comme des chiens enragés. Ils nous ont savonné la planche pendant six ans. Quand je pense que ces ennemis de la Patrie gouvernent aujourd’hui le pays... j’en suis malade ».

Nous n'imaginions pas que Tiphaine de Monfort réagirait aussi violemment. C’est une preuve que la blessure est toujours ouverte. Nous essayons de l’éloigner de la politique, en lui demandant de nous narrer un souvenir de son enfance avec l’ex-présidente, elles qui se sont rencontrées sur les bancs de la maternelle. À cette question, elle s’illumine : « Vos lecteurs vont rire ! La première fois que nous devions élire des délégués de classe, Charline m’a forcée à lever la main avec elle. Comme un garçon, dont je ne me rappelle plus le nom, s’est présenté également, l’instituteur a déclaré qu’une de nous devait se désister pour permettre la parité. Je n’ai pas bien compris son propos à l’époque, mais j’ai sauté sur l’occasion pour me mettre en retrait. C’est à ce moment que Charline m’a fait jurer de participer à toutes les décisions qu’elle devrait éventuellement prendre. Les élèves n’ont même pas voté, du coup. Cette torsion du règlement nous a poussées par la suite à nous engager dans le combat pour plus de justice. Cet élément déclencheur est cocasse avec le recul, non ? »

Nous ignorons si nos lecteurs trouveront cette anecdote aussi drôle que Tiphaine de Monfort, mais elle nous semble bien révélatrice de ce binôme inédit, qui a gravi tous les échelons pour se propulser au sommet de l’État. Nous quittons la conseillère comme nous l’avons toujours connue : une femme inflexible sur la défense du bilan de son amie. Tiphaine de Monfort, qui ne cherchait pas la lumière, aura tout de même passé douze longues années sous les flashs aveuglants des Français.

 

Vous voilà intrigués par ce personnage ? Vous le serez tout autant par les autres protagonistes de « Coupée en deux ».

À retrouver dans Demain : Nos libertés.
 

anthologie personnage nouvelle Dystopie

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