LA COULEUR JAUNE

  • Le 11/01/2020
  • Commentaires (2)
  • Dans Extraits

La Couleur Jaune écrite par Elodie Greffe est la deuxième nouvelle de l'Anthologie Demain : Nos Libertés, dirigée par Cécile Durant.

Bonjour Élodie,

Bonjour !

Tu m’as as déjà accordé un interview pour ton roman jeunesse « les Contes du Grand Chêne » (LIEN) dans lequel tu nous faisais part d’autres projets et te voici dans « Demain : nos libertés », un véritable grand écart. D’où ma première question, travailles-tu différemment entre un texte jeunesse et un texte adulte ?

Oui et non. Le travail de base est le même : développer une idée, regarder ses personnages grandir et mûrir, voir l’histoire prendre forme et en assurer la cohérence, mais je m’adresse à un public différent et, forcément, cela influe sur ma façon de faire.

Je peux me permettre une certaine liberté de ton, et
une explicitation de la violence, dans un texte adulte, ce que je n’envisagerai
même pas pour un texte jeunesse.

 Je pense que
tous les thèmes peuvent, et doivent, être abordés en littérature jeunesse, même
les plus difficiles, mais, en tant qu’auteur, il est de notre responsabilité
d’être particulièrement vigilent à la forme de nos récits et au choix de nos
mots lorsque l’on s’adresse à un jeune public.

Quel format préfères-tu roman ou nouvelle ?

Ils ont chacun leurs avantages. Le roman permet de passer plus de temps avec ses personnages, de développer d’avantage son histoire. La nouvelle impose plus de contraintes et nous pousse à aller à l’essentiel mais avec le même objectif : avoir un impact sur le lecteur, le faire ressentir, réfléchir. C’est très stimulant. Ecrire des nouvelles est formateur et frustrant, cela nourrit ma créativité, c’est quelque chose d’essentiel pour moi, même si je préfère, quand même, le format roman à cause de la liberté qu’il permet.

Comme tu l’as indiqué dans ta présentation sur le site de nos éditions (LIEN), tu es enseignante comme l’héroïne de ton histoire. Conçois-tu l’écriture comme un support pour transmettre un savoir, des idées ou des sujets de réflexions ?

Pour le moment, je ne suis pas enseignante. J’ai étudié pour le devenir, mais je n’ai pas (encore) exercé. Devenir professeure était mon rêve d’enfant. J’ai décidé de cet objectif à l’âge de quatre ans et je n’en ai jamais démordu de toute ma scolarité. Mes différents professeurs ont eu un impact très important dans ma vie, en général, et dans mon rapport aux livres et à l’écriture en particulier. Les enseignants étaient, et sont toujours, mes héros, mais les conditions d’exercice sont devenues tellement difficiles à l’heure actuelle, que je ne sais pas si je serai à la hauteur, alors oui, écrire est aussi, à ma petite échelle, un moyen de transmettre et d’induire une réflexion chez le lecteur. La lecture ne peut remplacer l’instruction mais est, pour moi, un complément important sinon essentiel qui participe à l’enrichissement intérieur de l’individu, à sa remise en question et à son ouverture sur le monde.

Dans ta nouvelle à l’avenir sombre, la ségrégation ethnique est poussée à son extrême. Pourquoi avoir choisi de traiter cet aspect de privation de libertés ?

Le rejet, la haine de l’autre car « différent » est quelque chose qui me révulse et me terrifie. Constater à quel point cette haine gangrène encore nos sociétés en 2020 et voir des individus se revendiquer fièrement racistes ou xénophobes, sur les réseaux et dans leur vie de tous les jours, me révoltent. Je ne comprends pas comment on peut, encore, en être là, comment on peut laisser passer ce genre de comportement. Cela m’angoisse pour l’avenir. Une société qui exclue est une société qui perd son humanité. Pour moi, cela s’imposait dans la dystopie. En développant cela à l’extrême dans ce texte, même si, malheureusement, l’histoire nous a déjà montré qu’extrême ne veut pas dire impossible, je voulais faire réfléchir les lecteurs. Comprennent-ils vraiment ce que rejeter l’autre implique ou peut impliquer ?  Est-ce vraiment ce qu’ils veulent pour la société ? Le racisme tue, encore aujourd’hui.  

Ton héroïne, Alice, passe « de l’autre côté du miroir ». La référence est-elle purement affabulation de ma part ou est-ce volontaire ? Car après tout, cet autre monde qu’elle va découvrir est pure folie humaine.

Le passage d’un monde à l’autre, et avec lui la figure d’Alice aux pays des merveilles, est un thème récurrent dans mes écrits. La bascule peut être physique, le personnage est alors placé dans un environnement qui lui est totalement étranger, ou plus symbolique, le personnage acquière des connaissances qui lui permettent d’avoir un autre regard sur le monde qui l’entoure, pour le meilleur ou, souvent, pour le pire. C’est une bonne façon de questionner ce qui nous entoure, et nous même par la même occasion. La référence est donc volontaire.

Ici, Alice combine les deux situations, le monde
qu’elle découvre lui semble étranger mais c’est aussi le sien. On peut avoir
l’impression qu’elle change d’univers mais, tout ce qui se passe, a lieu au
bout de sa rue. Il n’y a pas deux mondes : l’extérieur et l’intérieur,
mais un seul qui choisit d’exclure une partie de ses membres. Elle le savait,
sans savoir vraiment ce que cela pouvait impliquer, elle est confrontée
brutalement à la réalité.  Le fait que ce
qui se passe à l’intérieur des murs soit toléré, voir encouragé en dit beaucoup
sur la société dans laquelle vit Alice.

On peut se poser la question de savoir si l’extérieur
est vraiment maintenu dans l’ignorance par la force ou s’il préfère ignorer ce
qui se passe de l’autre côté des murs. La responsabilité n’est-elle que
politique, étatique, où chacun a-t-il sa part de responsabilité parce qu’il
soutien, tolère, accepte, excuse, détourne le regard, ignore, plus ou moins
volontairement, ce qui se passe ?

Merci, Élodie, avant de laisser les lecteurs découvrir les premières lignes de ta nouvelle, voudrais-tu ajouter quelque chose sur ta nouvelle ?

J’ai conscience que cette nouvelle peut être assez dure et violente, à l’image des sujets qu’elle aborde mais j’espère malgré tout vous avoir donné envie de découvrir Alice et de franchir les murs avec elle.

https://issuu.com/gobillotfrederic/docs/la_couleur_jaune

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Commentaires (2)

FredG
  • 1. FredG | 26/01/2020
Merci pour votre commentaire Armony. Nous partageons votre espoir. Nos choix de textes ne sont pas innocents et s'ils peuvent amener certains à réfléchir à leur attitude, nous en serons ravis.
Armony Sambo
  • 2. Armony Sambo (site web) | 17/01/2020
bonjour
merci pour cette interview qui m'a permise de mieux comprendre vote nouvelle, j'avoue l'avoir lu en deux fois, j'ai survolé les première pages car le moment où Alice est confronté à la police, m'a bloqué, car très dur, j'ai commencé à lire après et même si je trouvais çà difficile à lire je voulais comprendre pourquoi on en arrivait là. Etant marié avec une personne de couleur, on subit le racisme , pourtant je suis dans une région ouverte sur la mixité , mais l’étranger affole, et fait peur, notamment aux personnes d'un âge avancé. C'est une des raisons qui m'a bloqué pour votre nouvelle, car voir où cette attitude pourrait amener, m'effraie.
en tout cas bravo car , votre écrit donne à réfléchir, et j'espère aidera à ouvrir les yeux de certains.

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